ENTRETIEN DU 22 FÉVRIER 2006 AVEC ROBERT BIBEAU

ROBERT BIBEAU, Chef du service multimédia à la direction des ressources didactiques au ministère de l'Éducation du Québec. R. Bibeau est surtout l'un des pionniers de la réflexion sur l'intégration des TIC dans les écoles québecoises. Initiateur de nombreux projets de recherche-action, il a publié plus de 200 articles sur les TIC dans une douzaine de revues québécoises, françaises (dont la Revue de l'EPI) et belges.

  • PARCOURS :
. Par quel domaine d'étude avez-vous passé ?

Cegep (2 ans), puis université (4 ans) pour un bac enseignant, master en géo

. Avez-vous un passé d'enseignant ?

10 années de prof de géo, les cours de formation continue pour un meilleur salaire (Salaire plafonné)

. -Comment êtes-vous arriver à ce poste ?

En 84-85, poste est proposé au MELS en pédagogie et technologies pour le développement de contenus pédagogiques.

. Quel est votre rapport plus personnel avec les technologies et l'informatique en général ?

Tout est technologie, il anime des liste de diffusions, il soutient le développement de contenus, il donne des formations partout dans le monde francophone, il collabore au GTN-Q, à la formation à distance, son adresse Web : http://ntic..org/guider/textes/div/bibtdm3.html

. Avez-vous déjà participé ou conçu un projet collaboratif ?

Oui en éducation

. Quel est votre statut ?

Chargé de mission en TIC, recherches sur les TIC (1 à 2 par an), soutien, production, animation, conférence sur les ressourcs d'internet

. Qui sont vos collègues, vos partenaires ? Etes-vous en travail d'équipe ?

Actuellement une équipe de 4 personnes mais au maximum 14 personnes. 2 personnes sont dans la coordination et l'organisation du RECIT ( réseau de personnes-ressources dédié à l'intégration des TIC en classe, dans toutes les commissions scolaires du Québec, il comptabilise un centaine de personnes pour 70 CS, il soutient et forme les enseignants), 1 personne dans l'évaluation du matériel didactique numérique.

. Quel est le terrain où vous travaillez le plus ?

Québec, l'international francophone, Afrique, Roumanie… en lien régulier avec les pays francophones

  • DANGERS ET LIMITES :
. Selon votre expérience, quelles pourraient être les dérives possibles des technologies en usages éducatifs ?

De penser que les TIC vont résoudre tous les problèmes. Il faut les laisser s'insérer tranquillement.

. Quel problème de passer systématiquement par une machine pour entrer en relation avec des humains ?

Il faut relativiser, la consommation télévisuelle est de 25h/semaine contre seulement 6h/semaine pour internet.

  • PUBLIC AUTRE :
. Des études ont-elles été réalisées pour les publics en difficulté ? Mentale et/ou physique ? (Des études, des résultats...)

La structure RECIT est spécialisée en adaptation scolaire et TIC

  • EN ÉTABLISSEMENT :
. Quelle est la proportion d'équipement et les différences entre les établissement privés et publics, entre établissements urbains et ruraux ?

Texte sur la Roumanie, en attente...

. Comment peut-on affirmer que les équipements et les usages n'ont presque pas évolué depuis 10 ans ?

En effet, peu de changement depuis qqs années, mêmes pbs, mêmes usages, mêmes textes. Il est normal que tout cela prenne du temps, imposer une nouvelle technologie nécessite toujours un certain temps

. Quel budget pour l'équipement, la maintenance, les mises à jour pour une école ?

Aucun budget pour l'équipement de machines de la part du MELS depuis 2003, 172 000 machines se répartissent entre 2 500 écoles.

. Quels sont les projets des logiciels libres en éducation ?

Pas de projet particulier, seulement le MILE qui est une plateforme de portails en opensource. MILE est un outil complet de gestion des élèves, du personnel, des documents éducatifs. Ces avantages sont d'être gratuit, et d'être en code ouvert (Cela permet à chacun de personnaliser et d'améliorer l'interface).

. Quels outils techno-pédagogiques sont mis à la disposition des enseignants et des élèves ?

Tout d'abord, internet (80% des établissements sont connectés), ensuite les logiciels basiques de la bureaucratique (traitement de texte, classeur, présentation...)

Quelles sont les fréquences d'usage ?

Le ratio moyen est de 6 élèves/machine, donc une moyenne de 4h/semaine. En réalité, il semble que les apprenants n'est que 2h/semaine avec les machines.

. A quels niveaux les pratiques sont-elles les plus courantes ? En quelles matières ?

Le primaire utilise 2 à 3 fois plus les TIC que le secondaire. Le français pour écrire et chercher des informations, puis en sciences et maths pour les expériences, en sciences humaines et en histoire-géo pour monter des pages de présentation et faire des recherches d'information, même en musique pour produire de la musique numérique...

. Existe-t-il des personnes qui encadrent pédagogiquement les enseignants lors d'un usage TIC ?

Pas en établissements.

. Existe-il des personnes pour la maintenance et l'ingénierie informatique ?

14 millions de $/an sont débloqués pour les Commissions Scolaires (CS) pour un soutien technique.

. Les professeurs ont-ils la possibilité d'intervenir dans les recherches ? Donnent-ils leurs impressions ? Si oui, librement ?

Seulement durant les enquètes mais généralement, peu de contacts se réalisent entre le MELS et les profs. Les liste de diffusions permettent cependant d'être en contact direct avec certains profs. Le Récit donc les CS sont des intermédiaires entre les profs et le MELS.

. Les élèves ont-ils la possibilité d'intervenir dans les recherches ? Donnent-ils leurs impressions ?

Très peu

. Les TIC sont souvent liés à un questionnement financier, qui est investisseur ? __

Le MELS finance à 2/3, les CS à 1/3. Des opérations se font de tps en tps : 230 millions de $ sur 5 ans pour le projet «villages branchés» qui concerne au final nons eulment les écoles mais aussi les mairies, les bibliothèques...

__. Quelle est la liberté de continuer à travailler avec les « anciennes méthodes » ?

La liberté est totale, le MELS conseille et encourage mais n'oblige personne. Toutefois le nouveau rapport d'étude souhaite évaluer les apprenants sur leur capacité TIC, les profs doivent donc s'y mettre pour travailler avec leurs élèves.

. Pourquoi de l'abandon dans les usages TIC ? manque de temps, de technicité, d'argent...

L'argent manque car les TIC sont sur un marché mais les écoles gèrent leurs machines (amélioration des machines plutôt que le remplacement). Les usages se tassent depuis 3 ans, cela peut s'expliquer entre autres par l'organisation scolaire, une surcharge de travail, les nouvelles réformes qui nécessitent bcp de travail.

. Comment la publicité intervient ici dans les projets pédagogiques ?

Pas de publicité mais ouverture aux financements extérieurs

  • APPRENTISSAGES :
. Par les différentes recherches et études, quelles évolutions ont été repérées dans l'apprentissage et l'usage de la langue écrite, comme de la lecture ? (Ex de la france qui connait des changements avec les textos de cellulaires)

Attente d'un texte...

. Pour une rédaction, quel outil reste selon vous le plus productif : crayon ou clavier ?

Le crayon reste un outil très accessible, le clavier permet un travail plus productif avec des retours, des améliorations possibles.

. Pour une lecture : écran ou papier ?

Voir textes de Michel Cartier qui a travaillé sur les écrans.

. Quelle motivation est ressorti des études, la motivation enseignante et apprenante ?

ELEVES : ils en redemandent, rapport entre amusement et apprentissage

PROFS : 15-20 % sont motivés par les TIC ; 15 % les refusent ; + 65 % attendent de voir les intérets, les résultats, les efforts à fournir pour éventuellement s'ouvrir aux TIC. Ils font connaître leurs besoins et leurs envies d'être former pédagogiquement. Ils sont 90 % à dire qu'ils utilisent l'ordinateur persollement ou professionnellemt.

  • COLLABORATION :
. Les écoles québecoises, canadiennes travaillent-elles ensemble, autour de projets communs ?

Peu de coopération avec les écoles canadienens. Chaque province (10 au pays et 2 territoires) est indépendante en éducation. Le Québec boude les provinces anglophones...ce qui est dommage.

. Que pensez-vous des wikis ? Ces sites collaboratifs en expansion

Les wikis et blog sont d'execellents outils de travail collaboratif. Le RECIT travaille pour les implanter dans les écoles mais c'est techniquement encore trop complexe pour nos professeurs. Il va falloir les former et les aider sinon ces outils vont disparaitre et les expériences pédagogiques aussi dans quelques années.

  • AUTRES :
Avant les usages TIC sur Internet, les didacticiels fonctionnaient très bien. C'est à partir de 1997 que le déclin a commencé. Le gouvernement a réduit ses investissements, les établissements ont peu d'argent, les didacticiels n'évoluaient pas assez.

Des projets autour des TIC :

  • « Ecoles éloignées en réseaux » est un projet expérimental qui concernent les écoles rurales pour une division du travail enseignant à distance. Cela veut dire que certaines disciplines seront enseignées par un prof en non-présentiel. Le pb de ce projet est son exigence de formation en technologies nécessaire aux enseignants, un turn-over élevé chez les enseignants donc des formations qui ne servent que très peu de temps. L'avantage rencontré chez les profs est l'augmentation des contacts avec des collègues.
  • « The Quebec English Schools Network permet une collaboration entre profs anglophones. Projet antérieur à celui des écoles éloignées. Les profs se filment en cours et échangent sur leurs pratiques.
  • « Profinet » est un site qui décrit différents projets collaboratifs. Des informations sont disponibles pour aider les profs dans leurs projets. Le MELS supervise le projet avec des supports techniques.
  • « Association Québecoise des Utilisateurs de l'Ordinateurs au Primaire-Secondaire, AQUOPS » est une association qui regroupe des profs de toutes les disciplines autour de leurs usages TIC. Ils sont en moyenne entre 800 et 1000.
Chiffres du Québec : Taille à trois fois la France

Population à 1/8 de la France

2 500 écoles primaires-secondaires pour 1 000 000 élèves, 80 000 professeurs et 172 000 ordinateurs. Toutes ces écoles sont connectées à internet et le sont en majorité par fibre optique à grande vitesse.

100 employés au Récit

18 universités (15 francophones et 3 anglophones) pour 330 000 étudiants

Le préscolaire utilise bcp les TIC, bien plus qu'Europe.

Organisation spatiale :

Primaire : 6 à 7 ordinateurs par classe avec parfois un laboratoire informatique

Secondaire : principalement des laboratoires de 30 machines mais de + en + qqs machines en classe, 2 ou 3 machines.

Il faut arrêter de courir après l'outil numérique nouveau. L'école a besoin de simples outils bien connus, solides, faciles d'emploi. Ce sont les actes d'enseigner et d'apprendre qui sont fondamentaux pas la sophistication de l'outil pour y arriver.